LE VAISSEAU VOSTOK


Le vaisseau Vostok était un petit module de descente sphérique pour une personne, construit en aluminium et dotés de trois ouvertures, d'une masse totale de 2.46 t., et d'un diamètre de 2.3 m pour un volume habitable de 1.6 mètres-cubes. Le module était monté sur un module de service comprenant le système propulsif. Le cosmonaute était sanglé sur un siège éjectable à l'aide duquel il évacuerait le module de descente au cours du retour à une altitude d'environ 7 000 m. Ce module donna par la suite naissance au vaisseau Voskhod et à d'autres d'engins inhabités

Le Vostok, comme les sondes Luna auparavant, utilisait les fusées SS-6 Sapwood dans leur version SL-3. Le vaisseau était installé sensiblement de la même façon. La fusée SL-3 avait une masse totale de 287.03 tonnes au décollage et mesurait 38.36 mètres de haut. Elle avait trois étages, le premier étant constitué de quatre boosters séparables fixés sur les second et troisième étages. Le premier étage utilisait des moteurs RD-107, d'une poussée de 102 tonnes. Les trois étages fonctionnaient avec un mélange LOX / kérosène.

En 1958, l'OKB, le bureau d'études de Korolev, Constructeur Principal du programme spatial, produisit un rapport intitulé "Rapport : Matériaux tirés d'une étude préliminaire pour un satellite terrestre habité (Objet OD-2)". OD-2 était le nom de code pour ce nouveau et massif "satellite" et sa forme devait être sphérique. En effet, l'aérodynamique d'un corps sphérique était plus facile à prévoir et de simples altérations des caractéristiques de vol pouvait être réalisée pour déplacer le centre de gravité. Une sphère était aussi la forme la plus économique, puisqu'elle permettait le plus grand rapport entre volume et surface. A l'origine, Korolev avait songé à ne pressuriser qu'une partie de la capsule, mais il fut vite décidé de pressurisé l'ensemble de la capsule. Le parachute fut choisi comme moyen le plus simple de freiner la chute, non sans que Korolev ait songé à un rotor de descente de type hélicoptère. Les concepteurs d'hélicoptères l'en ont dissuadé.

En 1959, plusieurs sphères de type Vostok furent réalisées et cinq d'entre elles furent larguées en altitude par des avions, la dernière embarquant des animaux. Dès 1960, Korolev était prêt à tester en vol l'objet OD-2, désormais appelé Vostok. C'est à cette époque que fut constitué le corps des Cosmonautes. Pour Korolev, la plus grande incertitude demeurait le concept de la fusée de rétro-freinage, ou "TDU", qui était nécessaire pour ralentir le vaisseau en orbite et lui permettre de rentrer dans l'atmosphère. Le premier essai en vol du Vostok eut lieu le 15 mai 1960. Ce vaisseau, connu sous la nomenclature Vostok 1KP, n'avait pas de bouclier thermique. Ceci afin que la capsule se consumme en rentrant dans l'atmosphère et ne tombe pas entre "les mains de la concurrence" (K.Feoktistov). La fusée TDU fut activée au-dessus du continent africain, mais à la consternation des ingénieurs le vaisseau augmenta sa vitesse, gagnant une orbite plus élevée. Après analyse, il apparut que le vaisseau n'était pas correctement orienté en raison de la panne d'un capteur. Cet échec devait peser comme une épée de Damoclès pour le vol de Gagarine moins d'un an plus tard. Mais, Korolev fut à même de voir le bon côté des choses : "Cela montre que nous engrangeons de l'expérience dans les manoeuvre spatiales", déclara-t-il.

Une nouvelle version de la capsule fut préparée, sous la nomenclature Vostok 1K, et quatre exemplaires furent construits. Vostok 1K était équipé d'un bouclier thermique, ainsi que d'un mécanisme d'auto-destruction pouvant être activé si le vaisseau changeait de course. Des quatre lancements, le 15 juillet, le 19 août, le 1er décembre et le 22 décembre 1960, un seul fut réussi. Ce fut celui du 19 août, avec à bord de la capsule les deux chiennes Belka et Strelka. Et pour la première fois dans l'histoire spatiale soviétique un retour de trajectoire orbitale fut accompli. En dépit des échecs, Korolev se sentait prêt pour le test final.

Il s'agissait bien sûr de tester la capacité de la capsule à transporter un homme dans l'espace. La capsule Vostok fut à nouveau redessinée, pour être dotée d'un siège éjectable pour le cosmonaute. Après l'échec du 23 juillet, les efforts s'étaient concentrés sur la réalisation d'une capsule éjectable (une capsule dans la capsule) équipée de son propre bouclier thermique. Cependant, aucune solution assez légère ne fut trouvée. Le nouveau vaisseau fut appelé Vostok 3KA. Trois exemplaires furent construits, numérotés de 1 à 3. Vostok 3KA-1 fut lancé le 9 mars 1961, Vostok 3KA-2, le 23 mars 1961. Vostok 3KA-3, plus tard rebaptisé Vostok 1, fut celui qui fit entré Gagarine dans l'histoire.

A la grande satisfaction soviétique, le programme de vols d'essai de 1961 fut couronné de succès. Vostok 3KA-1 accomplit une performance sans anicroches, ramenant sur Terre un mannequin articulé et une véritable "Arche de Noé", avec notamment la chienne Tchernouchka.

Cependant, ayant encore en mémoire les échecs de 1960, Korolev exigea une dernière répétition. Ce fut l'objet du vol de Vostok 3KA-2. A bord avait été placé le mannequin Ivan Ivanovitch et la chienne Zvezdochka. Le 23 mars 1961, Vostok 3KA-2 s'envola. Le vol dura 115 minutes. Le Vostok accomplit une orbite et retomba sur le sol enneigé d'Union soviétique. Le mannequin Ivan Ivanovitch, éjecté au cours de la descente, atterit non loin de la capsule. Dès lors, la porte était ouverte aux vols habités

12 avril 1961
Vostok 1
Youri A. Gagarine

Pour cette première mission habitée, Gagarine n'avait pas le contrôle du vaisseau Vostok 1. En effet, on n'était pas certain de la façon dont réagirait le cosmonaute en apesanteur ni s'il ne risquait pas d'endommager le vaisseau s'il en avait les commandes. Toutefois, une enveloppe scellée contenant une clé de dévérouillage avait été placée à bord de la capsule en cas de besoin. Mais Gagarine ne souffrit d'aucun trouble. Il n'en fut pas de même avec la capsule, puisque, après la rétro-freinage et la séparation, le module de service demeura lié au module de descente par des sangles. L'ensemble se mit alors à tournoyer jusqu'à ce que les sangles ne brûlent. Le module de descente retrouva alors naturellement son équilibre aérodynamique, bouclier thermique en avant. Quelques 20 minutes avant l'atterrissage du vaisseau, Gagarine s'éjecta comme prévu et effectua son retour au sol en parachute. Ce fait fut dissimulé par le gouvernement soviétique pendant longtemps, car pour qu'un vol spatial fut enregistré comme tel, il fallait que le pilote demeure à bord de son vaisseau du décollage à l'atterrissage.

6 août 1961
Vostok 2
Guerman S. Titov

Les conséquences du premier vol concernant les capacités du pilotes en apesanteur ayant été tirées, Guerman Titov se vit confier les commandes du vaisseau au cours du vol. Mais contrairement à Gagarine, il ressentit les effets du mal de l'espace. Il connût lui aussi des problèmes avec la séparation des deux modules après le rétro-freinage. Titov ne devait plus jamais voler, étant affecté à divers projets sans suite.

11 août 1962
Vostok 3
Adrian G. Nikolaïev

12 août 1962
Vostok 4
Pavel R. Popovitch

Vostok 3 et 4 furent lancés à un jour d'écart et se placèrent sur des orbites similaires. Ils évoluèrent à 6.5 km de distance sans toutefois parvenir à effectuer un véritable rendezvous. Pavel Popovitch coonût des problèmes avec son système d'environnement, la température à bord de Vostok-4 chutant à 10° centigrades et l'hygrométrie à 35%. En outre, une consigne avait été donnée à Popovitch en cas de malaise : il devait déclarer observer des "orages" au sol. Or, le quatrième jour de la mission, en survolant le Golfe du Mexique, Popovitch observa réellement des orages et en fit part au contrôle au sol. On crût alors qu'il venait de faire référence à la consigne et on précipita d'un jour son retour sur Terre...

14 juin 1963
Vostok 5
Valery F. Bykovsky

16 juin 1963
Vostok 6
Valentina V. Terechkhova

De même, Vostok 5 et 6 furent lancés à deux jours d'intervalle, à nouveau sur des orbites similaires. Ils passèrent à 5 km l'un de l'autre. Mais l'orbite de Bykovsky était légèrement plus basse que prévu et, en raison d'une forte activité solaire, le vaisseau rencontra une atmosphère plus dense. Sa trajectoire se déteriora rapidement et la température de bord augmenta dangereusement. Son retour fut avancé après cinq jours sur les huit prévus.